Quand une épreuve bouleverse tout : sortir du chaos grâce à l'approche systémique
Certains événements laissent une empreinte durable. Longtemps après, certaines scènes reviennent sans prévenir, certains lieux ou certaines situations sont évités, le sommeil se fait léger, et une forme de vigilance permanente s’installe.
C’est un système entier (pensées, émotions, corps, relations) qui s’est réorganisé pour faire face à ce qui a été vécu comme trop intense, et corps et esprit sont comme bloqués dans le passé, ce passé qui fait irruption dans le présent et empêche de reprendre le cours de notre vie. Le Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) est un bouleversement profond.
Un chaos qui a sa propre logique
Cet état peut sembler confus, voire ingérable. Mais dans une lecture systémique, rien de tout cela n’est aléatoire. Chaque réaction (l’évitement, l’hypervigilance, les ruminations) a rempli, à un moment donné une fonction de protection. Le problème n’est pas la stratégie elle-même, mais le fait qu’elle continue de tourner en boucle une fois le danger passé.
En thérapie systémique, on dit que la solution devient le problème. Éviter un lieu ou une situation apporte un soulagement immédiat, mais empêche l’organisme de vérifier, avec le temps, que la menace n’est plus là. Plus on évite, plus la peur se maintient et plus l’évitement paraît nécessaire. Le système se verrouille sur lui-même.
Le contexte relationnel
Un Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) ne touche pas que la personne qui a traversée une épreuve : il vient toucher ses relations, la façon dont elle se perçoit, la confiance qu’elle accorde aux autres. Un couple, une famille, une équipe de travail peuvent se retrouver pris dans les mêmes cercles vicieux : trop de surveillance qui isole, trop de silence qui inquiète, trop de contrôle qui épuise tout le monde. C’est pour cette raison qu’une approche qui prend en compte le contexte relationnel, et pas seulement l’individu, regarde quelque chose que d’autres approches ne vont pas voir : les relations peuvent soit exacerber les symptômes, soit faciliter le rétablissement.
Un des apports les plus précieux de l’approche systémique est le recadrage : au lieu de considérer ces réactions comme des dysfonctionnements, on les regarde comme des tentatives certes maladroites, mais cohérentes et logiques, de faire face à une situation extrême. Ce changement de regard change déjà beaucoup de choses : il retire la honte, remet la personne en position d’actrice plutôt que de simple sujet subissant ses symptômes, et ouvre la place à autre chose.
L’objectif n’est alors plus de comprendre en détail pourquoi telle réaction est apparue, mais de repérer comment elle se maintient aujourd’hui. Quels petits changements, dans le présent, peuvent suffire à désamorcer la boucle.
Des outils concrets pour dénouer les nœuds
C’est là que le dialogue stratégique, par une succession de questions précises, aide la personne à interroger ses certitudes les plus rigides et à entrevoir d’autres façons de vivre ce qui s’est passé.
L’hypnose permet d’accéder, en douceur et sans confrontation directe, aux ressources que la personne porte déjà en elle pour apaiser des réactions émotionnelles vives, transformer des images encore trop présentes, et redonner au corps un sentiment de sécurité.
Car ce que l’on a vécu de difficile s’inscrit profondément dans le corps : tensions, sommeil perturbé, réactions d’alarme disproportionnées. Retrouver de la souplesse se joue donc à la fois dans la tête et par une reconnexion progressive avec le corps qui, pour un temps, a appris à se méfier de tout.
Le RITMO (stimulation rythmique par mouvements oculaires ou tapping) complète souvent ce travail. En guidant l’attention sur un rythme bilatéral pendant que l’image ou la sensation difficile est évoquée, on aide le cerveau à retraiter l’information à son propre rythme, sans avoir besoin de revenir en détail sur le récit de l’événement. C’est un outil particulièrement précieux lorsque les mots manquent, ou lorsque reparler de la scène en détail risquerait de la faire revivre plutôt que de la désamorcer.
Le cas de V.
V. est venue me consulter après avoir vu une amie proche être victime d’un accident vasculaire cérébral et mourir sous ses yeux, sans qu’elle puisse rien faire pour l’aider. Depuis, certaines images de la scène revenaient sans prévenir, en particulier le soir. Elle évitait le quartier où c’était arrivé, sursautait au moindre bruit inattendu, et culpabilisait de ne pas avoir su réagir plus vite alors que rien, objectivement, n’aurait pu changer l’issue.
Le travail a débuté par un recadrage : plutôt que d’interroger ce qu’elle « aurait dû » faire, nous avons regardé ce qu’elle avait réellement fait, dans l’instant, avec les ressources dont elle disposait à ce moment précis : rester présente auprès de son amie plutôt que de fuir. Ce déplacement du regard a suffi à calmer une partie de la culpabilité, sans nier la dureté de ce qu’elle avait vécu.
J’ai ensuite utilisé une technique psycho corporelle avec des mouvements oculaires, sous hypnose. L’objectif était d’aider V. à reconfigurer, de façon délibérée, la manière dont son esprit organisait ces images et les sensations qui les accompagnaient plutôt que de les laisser s’imposer selon le même schéma automatique à chaque fois. Après la séance, les images ont perdu de leur intensité : elles pouvaient encore apparaître, mais sans emporter avec elles la même charge émotionnelle ni les mêmes réactions corporelles. Le quartier a pu redevenir un lieu comme un autre, et les nuits se sont apaisées.
V. avait gardé de ce jour le foulard de son amie, qu’elle peut aujourd’hui regarder avec tendresse, sans culpabilité ou douleur.
De la rigidité à la souplesse
Ce qui caractérise une vie prise dans le chaos d’une épreuve, c’est justement une forme de rigidité : les mêmes pensées, les mêmes évitements, les mêmes alertes, en boucle. Le travail thérapeutique ne vise pas à effacer ce qui s’est passé, mais à retrouver de la flexibilité : pouvoir choisir une réaction plutôt que la subir, retrouver plusieurs façons de faire face là où il n’y en avait plus qu’une.
Conclusion
Sortir du chaos ne veut pas dire oublier. Cela veut dire transformer la relation que l’on entretient avec ce qui a été vécu, pour que cela cesse de dicter le présent. L’approche systémique, en s’intéressant aux patterns plutôt qu’aux détails de l’histoire offre un chemin concret pour retrouver de la cohérence et un vrai sentiment de sécurité.
Si vous traversez une épreuve douloureuse, n’hésitez pas à franchir le pas. Retrouver une vie plus sereine et apaisée est possible.
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Seuls les professionnels de santé (médecins, psychiatres, psychologues, psychothérapeutes), sont habilités à travailler avec le psychotraumatisme complexe et à diagnostiquer un syndrome de stress post-traumatique.
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